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STEPHANIE RENE JUSTE UN PEU DE TOI

Superbe soirée à Jazz à Vienne avec Groundation et Kokoroko !

Il y avait ce mardi 30 juin au soir près de 5 000 spectateurs dans le Théâtre antique de Vienne, par une magnifique soirée estivale, pour l'une des affiches les plus originales de cette édition de Jazz à Vienne. Sur le papier, et à première vue, tout semblait opposer Groundation, référence absolue du reggae contemporain, et Kokoroko, fer de lance de la nouvelle scène londonienne. Pourtant, à bien y réfléchir, on pouvait trouver un même fil conducteur :  celui des musiques noires africaines et caribéennes qui, en dialoguant avec le jazz, la soul, le funk et d'autres traditions occidentales, n'ont cessé de se réinventer.

La venue de Groundation constituait un petit événement (même si le groupe était venu au Transbordeur en octobre dernier). Le groupe californien n'avait encore jamais joué à Jazz à Vienne. Il connaissait pourtant déjà le Théâtre antique, où il s'était produit en 2012 dans le cadre du festival Les Authentiks.

Dans un paysage où les grandes figures historiques du reggae ont peu à peu disparu (Bob Marley, Peter Tosh, les Gladiators, les Maytals), Groundation apparaît probablement comme le meilleur groupe de reggae au monde. Cette place, le groupe de Harrison Stafford ne la doit pas seulement à sa fidélité aux racines jamaïcaines, mais à sa capacité unique à les enrichir sans jamais les dénaturer.

Sa présence à Jazz à Vienne n'avait d'ailleurs rien d'incongru. Depuis sa création, Groundation entretient un lien organique avec le jazz. Le groupe est né à la Sonoma State University, autour d'étudiants en jazz. Leur identité sonore repose sur des arrangements de cuivres inspirés du jazz-funk, des harmonies vocales nourries de soul, un usage permanent des polyrythmies et une liberté instrumentale qui dépasse largement les codes habituels du reggae.

Comme toujours avec eux, le concert fut généreux. Une heure trente d'une musique d'une rare intensité, alternant longues constructions instrumentales, envolées de cuivres et rythmiques implacables. Une générosité devenue la signature du groupe, saluée par un public totalement acquis à sa cause.

En première partie, Kokoroko confirmait pourquoi il est devenu l'une des formations les plus passionnantes de la scène britannique actuelle. On évoque souvent, à juste titre, les héritages du highlife ghanéen et de l'afrobeat nigérian dans sa musique. Ils étaient évidemment présents dans les lignes de guitare, les grooves et le rôle central des cuivres.

Mais leur concert laissait également apparaître d'autres filiations, parfois moins souvent soulignées. Dans les morceaux très vocaux et dansants, affleurait aussi l'héritage de l'acid-jazz londonien des années 1990. On pouvait également entendre, par instants, quelque chose de la northern soul : ce goût pour les cuivres lumineux, les lignes de basse bondissantes et une élégance mélodique héritée des grandes heures des clubs britanniques.

Dans le décor intemporel du Théâtre antique, cette soirée aura finalement rappelé que les grandes musiques populaires ne cessent de se réinventer lorsqu'elles acceptent le dialogue entre les cultures et le métissage.

Site web de Jazz à Vienne : https://www.jazzavienne.com/

  • Culture
  • Hervé LAURENT
  • 30/06/2026

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