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Il y a deux façons de raconter le concert de Letz Zep, hier soir à la Salle 3000. Le verre à moitié vide, d’abord : non, Letz Zep n’est pas Led Zeppelin. Le verre à moitié plein, ensuite : évidemment qu’ils ne sont pas Led Zeppelin… et ils sont tout de même sacrément bons.
Commençons donc par ce qui sépare la copie de l’original. Et principalement par la section rythmique. Car s’attaquer à Led Zeppelin, c’est se mesurer à l’un des binômes basse-batterie les plus redoutables de l’histoire du rock : John Paul Jones et John Bonham. Chez Letz Zep, il manque cette puissance, ce groove et surtout ce shuffle si particulier qui faisait que, même dans ses moments les plus massifs, Led Zeppelin ne sonnait jamais lourd.
Le chanteur, de son côté, ne possède ni la puissance ni l’incroyable registre de Robert Plant. Il est également souvent à la limite de la justesse. Rien de véritablement rédhibitoire, mais la comparaison est évidemment cruelle tant le modèle semble, cinquante ans plus tard, toujours aussi inaccessible.
Celui qui tire le mieux son épingle du jeu est incontestablement le guitariste. Virtuose, doté d’un très beau son, il parvient à retrouver avec une étonnante proximité les textures de Jimmy Page. Son jeu est toutefois différent : plus fluide, plus régulier aussi. Là où Page pouvait faire varier considérablement l’attaque de ses notes, passer de la caresse au coup de boutoir et donner à une même phrase des reliefs presque imprévisibles, son héritier du soir privilégie davantage la continuité. C’est techniquement brillant, mais un peu moins accidenté, et c’est justement dans ces accidents que résidait une partie du génie de Page.
Puis arrive ‘Black Dog’. Et là, les limites de l’exercice deviennent particulièrement visibles. Mauvaise idée, sans doute, de s’y attaquer : sous ses dehors de gros riff de rock, le morceau est un redoutable piège rythmique. Ses décalages et sa construction demandent une précision collective absolue. Au milieu du morceau, la machine s’enraye franchement et le groupe cafouille. Pendant quelques instants, ‘Black Dog’ rappelle qu’il y a des morceaux de Led Zeppelin beaucoup plus difficiles à jouer qu’ils n’en ont l’air.
Mais s’arrêter à ces réserves serait profondément injuste.
Car Letz Zep est un bon groupe. Même un très bon groupe de scène. Et l’on comprend vite pourquoi il joue devant le public de la Salle 3000 plutôt que dans un bar du centre-ville.
Le répertoire proposé est d’ailleurs impressionnant. En 2 h 15 de concert, le groupe parcourt pratiquement toute la discographie de Led Zeppelin, avec des morceaux issus de tous les albums à l’exception de ‘In Through the Out Door’ et ‘Coda’. Et surtout, Letz Zep ne donne pas l’impression de simplement reproduire consciencieusement les versions gravées sur les disques.
C’est même l’un des aspects les plus intéressants de la soirée.
On a souvent le sentiment que ces musiciens ont énormément écouté les bootlegs de Led Zeppelin. Les arrangements, les développements instrumentaux et certaines manières d’aborder les morceaux évoquent davantage le Zeppelin de la scène que celui du studio. Pour qui connaît ces enregistrements pirates, la filiation est parfois évidente. Et c’est une excellente idée : Led Zeppelin était justement un groupe qui, en concert, refusait de jouer ses morceaux exactement comme sur les albums.
Letz Zep ne cherche donc pas seulement à reproduire des chansons : le groupe tente aussi de retrouver quelque chose de leur liberté scénique.
Et puis il y a la générosité.
Deux heures et quart de concert et pas moins de quatre morceaux en rappel : personne ne pourra reprocher à Letz Zep d’économiser son énergie. On sent surtout chez ces quatre musiciens une envie sincère de partager leur passion et de faire de la soirée autre chose qu'une démonstration de mimétisme.
C’est peut-être là que le concert trouve finalement sa raison d’être.
On peut passer la soirée à mesurer tout ce qui sépare Letz Zep de Led Zeppelin. Le groove de Bonham manque. La basse de Jones manque. La puissance de Plant manque. Les attaques imprévisibles de Page manquent. Et pourtant, lorsque 2000 personnes reconnaissent un riff dès les premières notes et que toute la salle se retrouve autour de chansons vieilles d’un demi-siècle, la comparaison finit par devenir secondaire.
Letz Zep ne fait pas revivre Led Zeppelin — personne ne le peut vraiment.
Mais pendant 2 h 15, ils ont réussi quelque chose de plus modeste et finalement plus sympathique : organiser une grande célébration collective de sa musique.
Et vu sous cet angle, le verre était largement à moitié plein.
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