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Sara Sejin Chang (Sara van der Heide) est une artiste coréano-néerlandaise née en 1977 à Busan, en Corée du Sud. Élevée aux Pays-Bas, elle vit et travaille aujourd’hui à Berlin. Sa pratique mêle notamment film, installation, textile, peinture et recherche historique. Son travail interroge les héritages du colonialisme, les représentations occidentales des cultures non européennes, les déplacements forcés et l’adoption transnationale, tout en accordant une place importante à la spiritualité, à la mémoire et aux processus de guérison.
En 2026, elle participe à la 18e Biennale d’art contemporain de Lyon, Passer d’un rêve à l’autre. Son œuvre est présentée au macLYON – Musée d’art contemporain de Lyon, où nous la rencontrons le 18 septembre, à l’occasion des journées professionnelles de la Biennale.
Pour écouter une interview de Sara Sejin Chang, cliquer sur :
Pour la traduction de l’interview, c’est ci-dessous :
HL : Revenons au tout début. Quand et comment avez-vous décidé de devenir artiste ? Étiez-vous encore enfant ?
SSC : Cela remonte à longtemps. Je pense que… oui, à un moment donné, je crois que j’ai voulu devenir artiste.
HL : Mais déjà lorsque vous étiez enfant ? Aussi tôt que cela ?
SSC : Non, je ne pense pas.
HL : Avez-vous fait une école d’art ou êtes-vous entièrement autodidacte ?
SSC : Non, j’ai fait une école d’art, aux Pays-Bas.
HL : Où ?
SSC : À Amsterdam.
HL : Ah, donc vous étiez déjà à Amsterdam. Cela fait donc très longtemps que vous êtes en Europe.
SSC : Oui, oui, bien sûr.
HL : Nous sommes à la radio et, bien sûr, à la radio, il n’y a pas d’image. Mais nous parlons d’arts visuels. Pourriez-vous donc décrire ce que vous présentez dans ce musée ?
SSC : Nous voyons une salle avec des bannières textiles, un film et des aquarelles. C’est une salle un peu particulière, parce que les lumières éclairent les bannières avec différentes couleurs. On a donc l’impression d’entrer dans un autre monde, ou dans un autre espace et un autre temps. Puis, dans cette salle, nous voyageons jusqu’à la guerre de Corée. Nous découvrons également une image de Nikolaus Witsen, un Néerlandais lié à l’histoire coloniale, qui a réalisé au XVIIe siècle une gravure représentant un chaman. Mais il n’a pas décrit cette personne comme un chaman : il l’a présentée comme un ‘prêtre du diable’. Il y a donc cette idée selon laquelle les cultures non occidentales ou non chrétiennes ont été décrites, dès les XVIe et XVIIe siècles, comme barbares, comme des cultures adorant le diable. Cette idée est également sous-jacente à la manière dont des Européens blancs et des Américains ont enlevé de très nombreux enfants, les emmenant et les vendant depuis l’Afrique, l’Asie ou les Amériques vers les pays du Nord, vers l’Europe, vers la France. Rien qu’en France, il y a 120 000 personnes qui ont été adoptées depuis l’Afrique ou l’Asie et, pour la plupart d’entre elles, elles ont également été volées. Cette œuvre parle donc des idées qui permettent de comprendre pourquoi cela se produit.
HL : D’une certaine manière, il s’agit donc du colonialisme ?
SSC : Oui, absolument, parce que ces idées allaient de pair : l’idée que les cultures non blanches seraient inférieures. Aujourd’hui encore, des missionnaires se rendent dans des villages africains et disent :’Vous ne savez pas bien vous occuper de vos enfants. Vous pouvez confier votre enfant à un pensionnat chrétien, ce sera une bonne chose.’ Mais ensuite, lorsque les mères reviennent, l’enfant a été vendu en Belgique ou en France. C’est encore une mentalité coloniale. C’est donc cela que j’intègre dans mon travail.
HL : Le commissaire de l’exposition, est australienne.
SSC : Oui.
HL : Et en Australie, il y a eu la question des populations autochtones. Y a-t-il un lien avec ce que vous présentez ?
SSC : Je pense que le problème, ce ne sont pas les populations autochtones. Le problème, c’est ce qui s’est passé lorsque les Britanniques sont arrivés en Australie.
HL : Bien sûr.
SSC : Ils ont eux aussi pris les enfants.
HL : Mais je voulais dire que l’Australie a connu cela elle aussi.
SSC : Oui, exactement. Tout à fait.
HL : C’est donc quelque chose que l’on retrouve partout. Au Canada aussi, où les enfants ont été placés dans des pensionnats…
SSC : Oui, exactement. C’est le même schéma que l’on retrouve partout. En Australie également, en effet.
HL : Pour les personnes qui souhaitent vous suivre, comment peuvent-elles le faire ?
HL : Vous pouvez me suivre sur Instagram, sous le nom Sara Sejin Chang (Sara van der Heide).
SSC : Y a-t-il quelque chose d’important pour vous que j’aurais oublié ?
SSC : Oui. Le film comporte une partie documentaire, mais il y a aussi une dimension de guérison. Je rends visite aux chamans représentés dans la gravure. Je rencontre les descendants du chaman qui y est représenté et je leur demande de m’aider à guérir. Ce n’est donc pas seulement un documentaire. Je pense que beaucoup de personnes apprennent quelque chose en le regardant, mais elles le ressentent également. C’est… oui. J’espère qu’elles pourront le voir.
HL : Merci.
SSC : Merci.
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