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À l’occasion de la Biennale de Lyon, Birke Gorm présente un travail où la sculpture se construit à partir de matériaux modestes, récupérés ou détournés. Métal, carton, jute ou céramique deviennent les éléments d’un vocabulaire qui interroge autant nos modes de production que la valeur que nous accordons aux objets et aux matières.
Dans ses œuvres, l’artiste installée à Vienne s’intéresse à ce qui reste, à ce que l’on abandonne et à ce qui peut encore être transformé. Le rebut devient ressource, et les gestes de récupération et d’assemblage ouvrent une réflexion sur le travail, la consommation et notre rapport au monde matériel.
Nous avons rencontré Birke Gorm à Lyon pour évoquer sa pratique, son rapport aux matériaux et les réflexions qui traversent son travail.
Pour écouter l’interview, cliquer sur :
Pour une traduction en français : ci-dessous.
HL : Nous sommes le 18 septembre, au Musée d’Art contemporain, dans le cadre des journées professionnelles de la Biennale. Je suis avec une artiste allemande, qui semble désormais vivre en Autriche, et qui s’appelle Birke Gorm.
BK : C’est un endroit très agréable pour vivre et travailler, j’imagine.
HL : Peut-on revenir au tout début ? Qu’est-ce qui vous a amenée à devenir artiste ? Est-ce quelque chose qui remonte à votre enfance ? À votre adolescence ? Peut-être avez-vous grandi dans une famille où l’art occupait une place importante ? Comment cela s’est-il passé ?
BG : Mon parcours n’a pas été aussi linéaire. Je viens d’une famille où les travaux manuels, notamment chez les femmes, occupaient une place très importante. Il y avait donc beaucoup de tricot et de couture dans ma famille. J’ai d’abord étudié le design textile. J’étais presque arrivée au terme de ces études lorsque j’ai décidé de prendre une autre voie et d’étudier les beaux-arts.
HL : En Allemagne ou en Autriche ?
BG : C’est à ce moment-là que je suis partie à Vienne pour étudier les beaux-arts. J’avais étudié le design textile au Danemark, puis les beaux-arts à Vienne.
HL : Vous avez donc suivi une formation artistique. Vous n’êtes pas, je ne connais pas le mot anglais, mais comme on dit en français, « autodidacte ».
BG : Si je suis autodidacte ? Non, non ! J’ai passé des années à étudier. Longtemps. J’ai terminé mes études à Vienne en 2018. Depuis, je vis et travaille comme artiste.
HL : Est-ce votre première fois en France ?
BG : Non. Je suis déjà venue à Lyon il y a environ dix ans.
HL : Pour la Biennale ?
BG : Non, pas pour la Biennale.
HL : Vous étiez ici pour des raisons complètement différentes. En tant qu’artiste ?
BG : Non, j’étais encore étudiante à l’époque. Et depuis, j’ai également visité d’autres endroits en France.
HL : Donc vous connaissez le français.
BG : La France, oui. Le français, non.
HL : Nous sommes à la radio, et à la radio il n’y a pas d’image. Pourtant, nous parlons d’arts visuels. Pourriez-vous décrire ce que vous présentez dans cette Biennale ?
BG : Je présente des sculptures figuratives grandeur nature. Ce sont des corps. Ils sont cousus dans du textile provenant de sacs en toile de jute. Ils habitent l’espace, je dirais, avec d’autres matériaux que j’ai récupérés. On voit beaucoup de matériaux d’emballage, du carton, des chutes de métal, différents matériaux issus de notre environnement quotidien. Ce sont principalement des matériaux qui sont sur le point de devenir des déchets, ou qui le sont déjà. Autrement dit, des matériaux de peu de valeur, voire sans valeur, que je rassemble sur de longues périodes. Je les collectionne. Une grande partie de mon travail consiste justement à collecter ce type de matériaux. Ils sont disposés en tas autour des personnages, qui semblent les protéger ou prendre soin d’eux.
Ce qui m’intéresse également, c’est la notion d’appartenance et les structures qui l’entourent, comme la propriété et les possessions : qui a eu le droit de posséder quoi, à quel moment, et qui porte quoi.
HL : Vous avez parlé de sculptures, mais en réalité, votre œuvre occupe presque toute la pièce.
La seule chose qui ne soit pas de vous, c’est ce qui se trouve sur le mur ; tout le reste est votre travail. Il s’agit donc en fait d’une installation.
BG : Oui, c’est vrai. J’ai d’ailleurs oublié de préciser que chacune de ces figures est en quelque sorte reliée au plafond par des chaînes métalliques, comme si elle était soit en train d’être soulevée, soit en train de s’accrocher au plafond. On peut donc parler d’une installation habitée par des sculptures.
HL : Travaillez-vous toujours avec ce type de matériaux, ou êtes-vous également peintre, vidéaste, performeuse, photographe ?
BG : Non. Je ne travaille pas toujours exactement de cette manière, mais je dirais que ma pratique repose beaucoup sur les matériaux, sur la matérialité physique. Je n’ai jamais peint, mais je réalise des œuvres murales que je couds. Ce sont donc également des œuvres textiles.
HL : Et la vidéo, par exemple ?
BG : Non. En revanche, je travaille avec le texte. J’écris aussi. Ma pratique n’est donc pas strictement sculpturale, mais je ne travaille pas vraiment avec la peinture, la photographie ou la vidéo. C’est plutôt un mélange de différentes pratiques.
HL : Vous inscrivez-vous dans l’héritage de ce que les Américains ont appelé le junk art, ou de ce que les Italiens ont appelé l’arte povera, ou bien s’agit-il de quelque chose de complètement différent ?
BG : Je pense qu’il existe bien sûr une certaine parenté, absolument, et ces matériaux sont ceux qui m’intéressent. Je crois que je les choisis avant tout parce qu’ils sont accessibles.Comme j’aime travailler avec des installations à grande échelle, j’ai beaucoup réfléchi à la manière de le faire d’une façon pragmatique, intelligente ou logique.
Il s’agit donc de travailler avec des matériaux qui sont déjà là, qui sont accessibles dans l’environnement immédiat, mais qui sont également accessibles aux visiteurs. Les personnes qui viennent voir les expositions ont elles aussi leur propre expérience de ce qu’elles voient. Ce ne sont donc pas des matériaux abstraits, en ce sens.
C’est important pour moi. Mais il a également toujours été important de rendre mon travail et ma pratique accessibles pour moi-même, de m’assurer que j’ai toujours la possibilité de travailler et de conserver une certaine indépendance.
HL : Cela n’a donc rien à voir avec l’arte povera ; c’est un travail complètement différent.
BG : Je pense qu’il existe de nombreux liens sur le plan visuel.
HL : Visuellement, oui, mais pas dans la manière de procéder.
BG : Je pense que cela repose sur une méthode différente, disons.
HL : Mais cette méthode, qui repose sur le recyclage, a-t-elle également une dimension environnementale ?
BG : Oui, également. Je pense que, là encore, c’est simplement une manière très logique de faire les choses. Pour les sculptures elles-mêmes, les sculptures textiles, je construis pour chaque exposition de nouveaux environnements. Je peux les remplir, puis les vider entre deux expositions, avant de les remplir à nouveau.
Ainsi, tous les matériaux qui se trouvent à l’intérieur et autour des sculptures sont interchangeables. Je les emprunte à un système existant, puis je les y remets.
HL : Pour les personnes qui souhaitent suivre votre travail, comment peuvent-elles le faire ?
BG : Je suis sur Instagram sous mon nom, Birke Gorm, et j’ai également une galerie à Vienne, appelée Kreu Nielsen. On peut trouver beaucoup d’images de mon travail sur leur site internet.
(Une enfant s’approche en lui souriant)
HL : Votre enfant ?
BG : Oui, c’est mon enfant.
HL : La prochaine génération d’artistes ?
BG : Pour l’instant, cela ne semble pas beaucoup l’intéresser, mais peut-être que j’y travaille !
HL : Y a-t-il quelque chose d’important pour vous que j’aurais oublié ?
BG : Je pense que nous avons fait le tour.
HL : Merci beaucoup.
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