Ce festival, créé en Angleterre dans les années 70 par des membres du groupe Henry Cow (un des groupes phares de l’Ecole de Canterburry) se tenait depuis de nombreuses années dans le Tarn, près de Carmaux. Malheureusement, l’association qui l’organisait s’est dissoute. Cette année, Michel Besset (l’ex-Président de l’association de Carmaux) et José Molina (Directeur des Abattoirs jusqu’à la fin de l’année) l’ont organisé au Périscope et aux Abattoirs, en partenariat avec le label lyonnais Dur et Doux.

Pour notre part, sans être expert en rock prog, nous avons bien sûr écouté les grands classiques du genre (King Crimson, Soft Machine, Yes, Caravan, Magma..), on se souvient des chroniques d’albums d’Henry Cow dans les pages de Best et Rock’n’Folk et de les avoir entendus au début des 70’s dans l’émission ‘Poste Restante’ de Jean-Bernard Hebey sur RTL… Mais on doit bien reconnaître qu’on n’avait jamais entendu parler de ce festival Rock in Opposition….

Et c’est bien dommage !

Car ce festival ne ressemble vraiment à aucun autre ! Déjà, par son positionnement : C’est un festival de rock prog, mais qui ‘lorgne’ vers les musiques expérimentales ou improvisées, le jazz-rock, le krautrock, le classique mais aussi la noise ou le math-rock. Le public est un public de connaisseurs et de fidèles qui vient d’Allemagne, d’Espagne, d’Italie, de Russie, du Japon… La qualité d’écoute est impressionnante : Durant les concerts, même le public debout dans la fosse écoute sans bouger, personne ne parle, personne n’est au bar, personne ne sort fumer… Tout le monde est totalement dans le concert. Les musiciens participent tous à une conférence publique après le concert, animée par Aymeric Leroy qui a écrit plusieurs livres sur le rock prog et l’Ecole de Canterburry, et tout le monde peut échanger avec eux : avant et après les concerts, ils sont dans le public, avec lui, et accessibles.

Et surtout : le niveau musical est impressionnant. Aussi bien la qualité des musiques que celles de leurs interprétations !

Pour écouter une interview d’Aymeric Leroy, cliquer sur :

Le jeudi 9, un concert et un pot de bienvenue étaient offerts dès 19 h au Périscope pour les porteurs d’un pass trois jours, un concert de John Greaves (ex Henry Cow) et Annie Barbazza. Un set très acoustique et épuré, avec guitare, piano et chant.

La suite de la soirée voyait nettement monter le compteur de décibels !

Avec tout d’abord les lyonnais du label dur & Doux, Poil. Ce groupe virtuose est impressionnant sur scène et semble à mi-chemin entre le heavy-prog et la noise.

Pour écouter la conférence de Poil, animée par Aymeric Leroy, cliquer sur :

Noise, c’est aussi ainsi qu’on peut qualifier les tourangeaux de Mange-Ferraille qui jouaient ensuite. Rythmes complexes, dissonances, son noisy et abrasif, avec un zeste d’esprit indus. Un concert qui rappelait bien l’époque du Pezner pour les quelques lyonnais qui étaient dans la salle….

Le lendemain, direction Bourgoin, où les Abattoirs accueillent les deux principales journées et soirées. On note tout de suite que le son de la salle est excellent, que tout est prévu pour les festivaliers puissent boire et se restaurer (avec de bons produits..), qu’une tente est installée dehors pour les conférences d’après concert (où il y a fait bien frisquet et humide compte tenu de la météo….), que plusieurs stands de merch vendant des cds de labels spécialisés sont installés. Pour ceux qui logent à l’hôtel, il y a même une navette qui fait le tour des hôtels berjaliens avant le premier concert et après la dernière conférence…

Le vendredi, on commence avec les suisses de SchnellerTrollerMeier qui délivre un puissant set très math-rock Certains dans le public pensent à un autre suisse, Nik Bärtsch. Pour notre part, on pense plutôt à une version heavy de King Crimson période ‘Discipline’ ou encore à une version rock du Steve Coleman Reflex…

Pour écouter la conférence de SchnellerTrollerMeier animée par Aymeric Leroy, cliquer sur :

Les anglais de a.P.A.t.T sont les suivants. Des musiciens tous habillés de blanc jouent une musique qui ne ressemble à rien de connu et en même temps à des tas de choses connues………. Il est vrai qu’ils font aussi bien des performances musicales dans des galeries d’art que des musiques de films ou de pubs… On retrouve ce côté touche-à-tout dans leur show, avec par moment un petit côté Zappa lorsqu’ils chantent avec des voix de comics tout en produisant du rock ‘savant’… Et du groove ‘froid’ à la Talking Heads …. Excellent et hors-normes.

Pour écouter la conférence de a.P.A.t.T. animée par Aymeric Leroy, cliquer sur :

La soirée se termine avec un set impressionnant des japonais de Koenji Hyakkei. Bien sûr, le coté zeuhl évoque immédiatement Magma. Mais un Magma qui aurait une rythmique souple et presque groovy et funky ainsi qu’un guitariste virtuose. C’est impressionnant de cohésion : Breaks, montées en puissance, changements de tempos s’enchaînent à un rythme vertigineux par un groupe où tout le monde joue calé à la milliseconde…

Pour écouter la conférence de Koenji Hyakkei animée par Aymeric Leroy, cliquer sur :

Après la conférence, il est 1 h 45 du matin…… et chacun va coucher avec déjà de bons souvenirs plein les oreilles.

Mais le plus gros était à venir puisque la programmation du samedi s’étalait de 15 h à 2 h du matin.

On commence avec The Watts, qui comportent eux aussi deux ex Henry Cow, Chris Cutler à la batterie et Tim Hodgkinson, et la pianiste japonaise Yumi Hara (au piano préparé). C’était le groupe le plus expérimental de cette édition 2019. On n’est pas loin des expériences musicales de Yoko Ono avec le collectif Fluxus… Néanmoins, disons honnêtement qu’au bout d’une demi-heure, l’ennui commence à poindre… Heureusement, on voit arriver sur la scène Geoff Leigh et le bassiste de Présent qui viennent dynamiser tout ça pour finir.

Pour écouter la conférence de The Watts animée par Aymeric Leroy, cliquer sur :

Changement radical ensuite avec Geoff Leigh (un autre ex Henry Cow) qui joue dans l’entrée des Abattoirs (il était prévu qu’il joue dehors mais vu la météo….). Il fera deux sets, (dont un après The Watts et un après Piniol) à la flûte, accompagné par un accordéoniste et un sampler qui joue de façon aléatoire. Là, on est en plein dans une tradition acoustique de musique prog improvisée…

Pour écouter la conférence de Geoff Leigh animée par Aymeric Leroy, cliquer sur :

Piniol, autre groupe lyonnais du label Dur & Doux (avec quelques membres communs avec Poil qui avait joué le jeudi), a mis le feu avec un rock puissant et complexe largement instrumental. C’est le moment de tout le festival où ça a le plus bougé dans la fosse. Décoiffant !

A 21 h, après une pause repas ‘bien méritée’, la musique reprend, avec l’interprétation intégrale du ‘Rock Bottom’ de Robert Wyatt (et de quelques autres morceaux) par The North Sea Radio Orchestra avec John Greaves et Ana Barbazza. Là, on change complètement de sonorités avec un orchestre de chambre accompagné électriquement par basse, batterie et guitare. C’est une véritable réinterprétation de l’album de Wyatt. Il est bien sûr difficile, hors studio, et avec un plus petit nombre de musiciens, de reproduire l’aspect totalement éthéré de la musique originale. C’est une version avec des atmosphères plus classiques et folk qui est proposée. Et c’est réussi !

Pour écouter la conférence de The North Sea Radio Orchestra avec John Greaves et Ana Barbazza, animée par Aymeric Leroy, cliquer sur :

Pour clôturer ce RIO 2019, on va ensuite retrouver plus de décibels et d’électricité avec les belges de Présent pour un show final puissant et complexe.

Pour écouter la conférence de Présent, animée par Aymeric Leroy, cliquer sur :

Puis, après une dernière conférence, chacun repart heureux de ce week-end passé pour certains très loin de chez eux … en espérant qu’il y aura une édition 2020, ce qui ne semble malheureusement pas certain. Allez, les programmateurs de la région…. Un petit effort ! Il faut que ce festival sans équivalent vive. Et dans la région de Lyon, ce serait super !

Site web des Abattoirs de Bourgoin : http://www.lesabattoirs.fr/

Site web du Périscope : http://www.periscope-lyon.com/

Site web de Dur et Doux : https://duretdoux.com/

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