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Murielle Szac, une auteure engagée…

Les brigades du livre jeunesse (suite)

jeudi 25 juin 2009, par Fabrice Baumann

Murielle Szac est invitée par « Les Brigades du livre jeunesse » ce samedi 27 juin à Lyon. Son texte paru dans la collection petite poche chez Thierry Magnier L’Expulsion, qui sera lu pour l’occasion, est emblématique avec ses autres livres de ce que la littérature jeunesse engagée peut produire de mieux.

Les auteurs à qui l’on demande si la littérature jeunesse peut être engagée, vous répondront quasiment tous par l’affirmative et n’excluront jamais un engagement assumé ou non, contenu dans la littérature en général et pas seulement jeunesse. Il y a pour ça une raison d’abord, disons « naturelle » comme peut le résumer J.P. Nozière, écrite par des citoyens troublés par des événements troublants aussi pour des adolescents, ou « sociale » comme Roger Grenier qui pensent que le débats qui trouvent vie dans ses livres sont les mêmes que ceux qu’il a à table, entre amis ou en famille.

Pour Murielle Szac l’engagement est d’abord lié à la transmission, en exergue de son roman La Grève paru dans la collection karactères au Seuil, elle pose en effet en préambule à son récit, l’idée d’une filiation qui oblige à une transmission. Elle affirme en tant qu’arrière petite fille de canuts et petite fille de cheminots : « Mes parents ne sont pas des ouvriers, moi non plus. Et pourtant être issue du monde ouvrier oriente profondément ce que je suis. J’ai reçu en héritages des valeurs, celles du partage, de la solidarité, la fierté du travail bien fait, la révolte aussi contre les injustices… Alors j’ai eu envie de vous les raconter. Pour qu’elles ne se perdent pas, qu’elles soient transmises. » Beaucoup d’entre nous à tord ou à raison, penseront sans doute qu’il y a un risque à écrire une littérature seulement engagée. La littérature jeunesse souffre déjà beaucoup de cette idée que la transmission de valeurs la différencie de la littérature adulte, la rend mineure comme si cette volonté la rendait d’office suspecte en la disqualifiant. Avec les livres de Murielle Szac, aucun risque de tomber dans ce piège, car non seulement elle ne restreint jamais son sujet à un seul point de vue, et dans La Grève comme dans ses autres livres, c’est avec un grand talent qu’elle amène un sujet en entier comme les doutes ou la corruption que pourraient sous-entendre un engagement syndical, mais elle se sert avant tout et avec brio des contradictions, des doutes, des rejets qui sont ceux d’un adolescent face à un monde d’adulte dont il ou elle ne perçoit pas tout et n’a souvent pas toutes les clés pour appréhender les choses. C’est donc bien l’adolescence avant tout et par la même, la littérature adolescente, qui sont en jeu dans ses livres même si elle nous donnera aussi la chronique d’une grève avant la fermeture d’une usine rapportant par une histoire familiale complexe, tout ce qu’un tel événement peut laisser à voir, à entendre, à comprendre. La colère ne serait pas que celle des coutières de l’usine Parker habitante de la cité Bosch mais aussi celle d’une jeune fille avec son histoire familiale ancrée dans le monde du travail et de la lutte avant d’arriver à l’événement La Grève. Entre actifs et non actifs, misère et travail, discours et travail, parents et travail, ennuis et famille, une trame subtile utilise l’événement comme une scène privée et collective.

Les éditions Seuil rééditent cette année dans la même collection un texte important de Murielle Szac pour nous lyonnais et nos enfants, Un Lourd silence. Encore une fois, revenir sur son histoire familiale et particulièrement sur une période trouble comme celle que fut la seconde guerre mondiale, n’est pas une chose simple pour un adolescent. S’engager c’est aussi sans doute, donner une vue d’ensemble et les deux visages d’une même France dans une seule Histoire : la résistance mais aussi la collaboration et ceux que les adultes, nos parents ou des inconnus font de cette mémoire, rappeler des faits si proches et tout aussi important que le vel’ d’hiv à Paris pour Lyon cette fois. Très documenté, très construit c’est encore une fois par les émotions et la diversité des points de vue que Murielle Szac engage la littérature et nous avec elle. Elle nous invite à lire et à comprendre ce que peut être une littérature engagée pour la jeunesse.

Fabrice Baumann pour Radio Pluriel

Vous pourrez retrouver Murielle Szac toute la journée du samedi 27 juin place Colbert, dans le cadre des brigades pour la jeunesse organisées par la librairie A titre d’Aile

Renseignements et infos : 09 52 74 69 20 ou www.atitredaile.com 

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