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Les Rolling Stones rééditent ’Exile on Main Street’.

mercredi 19 mai 2010, par Hervé LAURENT

Cette réédition était initialement annoncée pour octobre 2009, dans la suite des rééditions remasterisées de tous les albums de la période qui va de 71 à nos jours. Elle arrive finalement en mai 2010 ... mais ça valait le coup d’attendre !

’Exile on Main Street’ ! Un classique parmi les classiques de l’histoire du rock ! Remettons les choses dans leur contexte. Nous sommes en 1972 : Les Stones sont au sommet du rock. Ils ont sorti durant toute la seconde moitié des années 60 des 45 tours qui font partie de la crème de l’époque. Et avant cette année 72, ils ont publié 4 albums majeurs de suite, en 4 ans : ’Beggar’s Banquet’ en 68, ’Let it Bleed’ en 69, le live ’Get Yer Ya Ya’s Out’ en 70 et ’Sticky Fingers’ en 71. Fin 71, ils s’exilent en France, pour raisons fiscales. Et c’est donc dans les caves de la maison de Keith Richards à Villefranche sur Mer que l’album sera (pour l’essentiel) enregistré, mais aussi (dans une moindre mesure) à Los Angeles. Un double-album qui dégage une atmosphère spontanée, garage, sans surproduction, un disque d’une richesse incroyable, avec tout ce que les Stones savent faire. Cet album influencera un nombre absolument incalculable de musiciens très divers puisqu’on peut citer aussi bien les Black Crowes, que Wilco, Jon Spencer, Téléphone, Primal Scream ou Teenage Fan Club, par exemple, ... qui ne sont pas du tout sur la même ’planète’ musicale ! Et combien de fois lira t-on sous la plume des rock-critics que tel ou tel groupe qui vient d’enregistrer un long album dans un esprit diversifié, garage, décontracté, voire sous-produit vient d’enregistrer son ‘Exile on Main Street’ !!
 
Alors, ces rééditions ? Il y en a quatre versions, en France. Il y a la version simple : l’album original remasterisé. Il y a la version Deluxe : l’album original remasterisé et un deuxième CD avec 10 inédits, tout cela en digipack. Il y a la version vinyle : un double album en vinyle comme l’édition originale de 72. Et un coffret en édition limitée avec les 2 CDs de la version Deluxe, deux disques en vinyle de l’album original, un DVD et un livre.
 
La remasterisation du CD est excellente, mais n’apporte pas de plus significatif par rapport à la remasterisation de 95. Donc si vous avez l’édition de 95, il n’y a pas d’intérêt à racheter l’édition simple de 2010.
 
En revanche, acheter la version Deluxe vaut vraiment le coup car les inédits sont vraiment plus qu’intéressants. Et les deux CDs sont présentés dans un beau digipack, qui reprend le design original. 
 
Quant à la version coffret, elle est superbe ! Le coffret a le format de l’album original, avec le même graphisme et un respect scrupuleux des couleurs exactes de l’édition originale américaine (qui était un peu plus sombre que la française). Le DVD contient un documentaire sur l’enregistrement de l’album, ‘Stones in Exile’ et de (malheureusement !) courts extraits de 10 minutes environ des documentaires inédits ‘Cocksucker Blues’ et ‘Ladies and Gentleman, The Rolling Stones’ tournés pendant l’American Tour 72. Le livre de photos prises par Dominique Tarlé durant l’enregistrement de l’album est un bel ouvrage. Le plus étonnant, dans ce coffret, ce sont les deux disques en vinyle. Une écoute attentive avec un casque haut de gamme ne met en évidence absolument aucune différence avec le pressage original ! C’est un magnifique travail de restauration qui a été fait là ! On entend l’édition originale, y compris avec ses défauts d’époque, par exemple du pré-écho et du post-écho entre les morceaux … La seule chose un peu décevante, c’est que les cartes postales jointes à cette réédition ne sont ni du même format ni en même nombre que dans l’édition originale de 72 … On se demande bien pourquoi !
 
Et la musique alors ? L’album original est un parcours sans faute de 18 morceaux.
 
On attaque avec ‘Rocks Off’, un rock pêchu avec une section de cuivres puissante avant d’enchaîner sur ‘Rip this Joint’ un rock’n’roll endiablé avec un solo de sax de Bobby Keyes. Première accalmie ensuite avec une version minimaliste du ‘Shake Your Hips’ de Slim Harpo. Vient ensuite ‘Casino Boogie’, un boogie comme son nom l’indique, avec Keith Richards à la basse, et un texte qui n’a pas vraiment de sens, le seul objectif du texte étant de bien sonner (ce qui est une démarche inhabituelle chez les Stones). Cette première face vinyle se termine avec ‘Tumbling Dice’. Est-il encore nécessaire de présenter ce morceau ? Il est joué à presque tous les concerts du groupe depuis 38 ans ! Tempo moyen, guitare de Keith très Chuck Berry, chœurs féminins très soul, solo inspiré de Mick Taylor. Ce morceau a été le premier 45 tours extrait de l’album.
 
La seconde face s’ouvre avec ‘Sweet Virginia’, un morceau country, avec un superbe solo de sax de Bobby Keyes, qui était en fait un morceau non publié des sessions de ‘Sticky Fingers’. ‘Torn and Frayed’ indique à la fois l’influence de Gram Parsons et celle des studios Muscle Shoals avec ces pedal-steel guitares, cet orgue moite, cette atmosphère sudiste … ‘Sweet Black Angel’, un country-blues acoustique, parle en fait d’Angela Davis (mais sans jamais citer son nom !), militante des Black Panthers condamnée à mort à l’époque pour un crime qu’elle n’avait pas commis. (La mobilisation internationale la sauvera et on a d’ailleurs eu l’occasion de la rencontrer au Musée d’Art Contemporain de Lyon ..). ‘Loving Cup’, une belle ballade avec cuivres, chœurs, etc… clôt la seconde face.
 
La troisième face s’ouvre avec ‘Happy’, le morceau fétiche de Keith Richards et le deuxième 45 tours extrait de l’album. Keith y assure le chant et la basse en plus de son habituelle guitare rythmique, Mick Taylor, lui, étant à la slide-guitar. Jagger n’intervient qu’à la fin dans les backing vocals. ‘Turd on The Run’ est un morceau au tempo très rapide enregistré dans un esprit garage-band. ‘Ventilator Blues’ est le seul morceau signé Jagger-Richards-Taylor de toute la discographie du groupe. Un morceau dont ils essaieront en vain de faire une version scénique ainsi qu’en atteste le bootleg ‘Dallas Rehersals’ .. Rythme syncopé, section de cuivres … C’est par un fondu-enchaîné à la fin du morceau qu’on attaque ‘Just Wanna See his Face’, un gospel sombre à la Tom Waits. ‘Let it Loose’, un superbe gospel avec une partie vocale impressionnante de Jagger et des backing vocals fournis avec Dr John, Clydie King, etc.. termine la face 3.
 
‘All Down The Line’ ouvre la face 4. Difficile de faire plus stonien : La guitare de Keith tisse un dense tapis sonore sous les voix, cuivres, backing vocals soul, solo parfait de Mick Taylor. Le son est quasiment monophonique. Hommage aux racines blues ensuite avec une superbe version du ‘Stop Breaking Down’ de Robert Johnson avant le très gospel ‘Shine A light’ avec Billy Preston au piano et à l’orgue. ‘Soul Survivors’ clôt l’album avec un Keith Richards qui ‘explose’ les riffs sur la Télecaster !
 
Voilà pour l’album original.
 
Et le CD de 10 morceaux inédits de l’édition Deluxe et du coffret alors ?
 
Que des bonnes choses !
 
On attaque avec ‘Pass The Wine (Sophia Loren)’, un rock bien funky avec des voix (de Mick Jagger, Lisa Fischer etc … ) enregistrées récemment sur une bande instrumentale d’époque, suivi du très soul ‘Plundered My Soul’. ‘I’m Not Signifying’ est un bon blues sale avec un piano bastringue et un rythme bien binaire, ‘Following The River’ une ballade inspirée, ‘Dancing in The light’ un morceau rapide qui fait bien taper du pied, ‘So Divine (Aladdin Story) une ballade qui commence comme ‘Paint It Black’ avec des arrangements qui rappellent ceux de ‘Moonlight Mile’.
 
Suit ensuite une version alternative de ‘Loving Cup’ (qui date en fait des sessions de l’album ‘Let It Bleed’ en 69) à la fois plus lente et plus sobre que la version finale publiée sur l’album original : pas de chœurs féminins, pas de cuivres. Suit une étonnante version alternative de ‘Soul Survivor’ ! La musique est exactement la même que celle de la version publiée sur l’album original. Mais la voix est totalement différente. C’est Keith qui chante, il ne chante pas les mêmes lyrics et même pas la même mélodie sur les mêmes parties du morceau ! Un peu comme si la version finale publiée sur l’album original était en fait une musique de Keith sur laquelle Mick aurait complètement refait et substantiellement amélioré la partie vocale ! ‘Good Time Woman’ qui vient ensuite est ‘l’ancêtre’ de ‘Tumbling Dice’ : Même mélodie, même progression d’accords, mais riffs de Keith moins tranchants, textes différents, chœurs moins en avant .. Et on termine avec ‘Title 5’, un court instrumental .
 
Rien à jeter sur ce CD de 10 inédits !
 
Tout ce qu’on peut espérer, donc, c’est que les Stones poursuivent cette démarche. En effet, c’est la première fois que c’est le groupe lui-même qui est à l’origine de l’exhumation d’archives inédites. (Mis à part quelques rares inédits publiés sur des maxis ou sur l’album ‘Rarities’). Cela s‘était déjà produit en 1975, avec l’album ‘Métamorphosis’ qui publiait des inédits des années 60. Mais à l’époque, c’était leur ancienne maison de disques DECCA qui était à l’origine de la chose, pas le groupe, même si Bill Wyman avait été associé à la démarche par DECCA.
 
Allez, Mick et Keith ! Un petit effort !!! On veut une réédition de ‘Black and Blue’ avec la version de ‘Hey Negrita’ avec Jeff Beck, on veut une réédition de ‘Tatoo You’ avec les versions de ‘Slave’ où vous tapez le bœuf durant un quart d’heure avec Sonny Rollins, on veut une réédition de Sticky Fingers avec la version de ’Brown Sugar’ avec Eric Clapton à la slide-guitar, on veut les bandes live de New-York et Los Angeles 72 et 75 …. Ne vous arrêtez pas en si bon chemin !!