‘Irène’
lundi 9 novembre 2009 par Léo
D’Alain Cavalier.
Durée : 1h25.
Sélection Officielle Cannes 2009 ‘Un Certain Regard’
Sortie le mercredi 28 octobre 2009.
Le Certain Regard 2009, a encore dégoté un chef-d’œuvre, je pèse mes mots, Alain Cavalier, que l’on ne présente plus, je pense, a réalisé un film de souvenirs, sur le souvenir.
‘ Irène ’ est la recherche du moi au travers de sa femme disparue dans un accident de voiture.
A cette époque Irène et Alain vivaient à Lyon, lui toujours cinéaste cherchait l’idée d’un autre film.
Alain Cavalier, nous fait pénétrer, des années après dans l’intimité de son couple, d’abord en ayant lu le journal de sa femme et surtout en reproduisent lui-même un journal, qu’ il nous dévoile au fil des images. Cette relation à l’écrit, Alain Cavalier, va aller jusqu’au bout de là où l’on peut aller, c’est-à-dire l’intime.
Alain Cavalier, se met littéralement à nu, car il veut/voudrait parler de ce passage de sa vie, mais comment… ?
Il parle alors des carnets qu’il a rédigés à cette époque, il nous les montre, nous explique pourquoi il écrivait, il les laissait là, de sorte qu’Irène puisse les lire, les a-t-elle lu ?
Cette interrogation reste aussi en suspens.
Alain Cavalier, avec une maestria de très grand metteur en scène (ici par ses non dits, s’approche de très, très près de Godard) arrive à nous intéresser à une chose plus que personnelle, sa vie intime. Il l’avait déjà fait dans d’autres films (Le Filmeur), là c’est le côté cœur qui est dévoilé.
Alain Cavalier, joue aussi beaucoup avec ses souvenirs, ses archives, qu’il montre de façon rationnelle, pour la compréhension de l’histoire. En même temps qu’il raconte, le sentiment du temps qui passe fait son œuvre et est très présente, puisque sur la fin du film, le lieu de narration disparaît…
Alain Cavalier, parle beaucoup d’Irène, que nous ne voyons jamais, il nous la présente comme si nous la connaissions déjà, il parle d’elle, d’une façon telle que le film nous transporte intégralement sur ses traces, Alain Cavalier, fait le tour de force, malgré son absence, de la faire vivre d’un bout à l’autre du film, Irène est là, nous la voyons à force d’entendre parler d’elle, elle rayonne dans le film.
Il nous la montre aussi par photos interposées, elle la belle fille, qui remporte des concours de beauté.
Alain Cavalier, dans ses recherches passe par Lyon, pour nous montrer, leur logement, leurs habitudes.
Et quand Alain Cavalier, parle d’elle au présent, c’est l’accident, c’est cette promenade qui tourne au drame, il lui demande de partir devant, qu’il lui reste quelques notes à finir et qu’il arrive…
Il ne la reverra jamais vivante, une voiture est montée sur le trottoir et l’ a fauchée.
Quelque part, dans le discours d’Alain Cavalier, il reste des zones d’ombre, ses parents, sa relation avec Alain Cavalier, son travail, ses ambitions, etc.
Dans le texte d’Alain Cavalier, l’on sent un réel amour, avec des tumultes, en même temps Alain Cavalier, ne s’ en remet que très difficilement même après tout ce temps.
Du reste, ce film l’affirme, l’atteste et l’assure, c’est un témoignage sur une tranche de vie douloureuse, qu’Alain Cavalier, n’essaye pas d’effacer, bien au contraire, il veut perpétuer le souvenir contre son oubli.
Vous l’aurez compris nous somme dans le sublime, pas dans le sens qu’Alain Cavalier raconte sa vie, pour cela il y a les journaux spécialisés, non, cette mise à nu, cette plongée dans les souvenirs, cette vertigineuse descente dans les Abîmes de sa destinée, font que ce film sort totalement du commun et c’est en cela qu’Irène d’Alain Cavalier, est un chef-d’œuvre.
A la vision du film, et que l’on raconte l’histoire en sortant, comme cela brut de décoffrage, c’est vrai que l’on peut vous dire, pourquoi mettre sa vie privée sur un écran…
Tout le monde n’est pas Alain Cavalier, car lui en plus de raconter une histoire, met de la pudeur, de la retenue dans son discours et dans ses images, c’est le même discours qu’il fait quand il réalise ses portraits et qu’ il laisse libre court à la personne qui est en face de lui, sans le couper, sans l’interrompre, ces portraits malheureusement pour le public français, ne sortira peut-être jamais, car aucun distributeur ne veut prendre le risque, ils sont sortis en Italie, Angleterre, Allemagne mais pas en France.
Connaissant bien Alain Cavalier, j’ai eu la chance de les visionner, c’est une pure merville.
Alain Cavalier, (de son vrai nom Alain Fraissé) est né le 14 septembre 1931 à Vendôme (Loir-et-Cher).
Fils de haut fonctionnaire il passe plusieurs années de sa jeunesse en Tunisie où il reçoit une éducation stricte et religieuse.
Après son baccalauréat, il rentre à la Sorbonne et décroche une licence d’histoire.
Le cinéma l’attire, il s’inscrit à ’l’Institut des Hautes Etudes Cinématographique de Paris’, on lui propose un stage sur le film de Maurice de Canonge ‘Boom sur Paris’.
Il entre en suite à l’IDHEC et se lie d’amitié avec Michel Mitrani, Philippe Collin et Louis Malle, qui le prend comme assistant sur ‘Ascenseur pour l’échafaud’ et ‘Les Amants’.
Il fait ses première armes en 1958 avec un court métrage ‘Un américain’.
Il travaille pour Claude Sautet et Jean-Paul Rappeneau.
Il se lance dans la réalisation d’un second court métrage en collaboration avec François Billetdoux, ‘La Frontière’, ce film ne verra jamais le jour, il sera arrêté de tournage en raison d’une interdiction de la censure.
Ce trépied lui ouvre les portes du long avec : ‘Le combat dans l’île’ et tout de suite après ‘L’insoumis’, un sujet sur la guerre d’Algérie.
Ensuite il adapte deux romans, l’un de Donald E.Westlake ‘Mise à sac’ et l’autre de Françoise Sagan ‘La chamade’.
Alain Cavalier, fait une grande pause dans sa filmographie, il prend du recul et c’est seulement en 1976 qu’il réalise ’Le Plein de super’ et en 1978 ‘Martin et Léa’. Alain Cavalier, remporte le prix Louis Delluc en 1981 avec ’Un étrange voyage’.
Delà, Alain Cavalier, n’aura de cesse de tourner pour arriver au chef d’œuvre absolu en compétition à Cannes ‘ Thérèse ’ 1986.
Alain Cavalier, me racontait un jour, qu’il avait été surpris que, ‘Thérèse’ soit en compétition officielle au 39ème Festival, donc il le présente devant une salle comble et va faire un tour dans Cannes avec André Lazare qui était son distributeur à l’époque, au moment de revenir dans la salle, le film se terminait, lui venant du dehors ne voyait pas grand-chose, il entendait un silence de cathédrale, il croyait que tout le monde avait quitté la salle.
La salle se rallume un blanc total, puis des applaudissements à tout rompre, comme j’ai rarement vu à Cannes, le film repart avec le prix du Jury derrière ‘Mission’ de Roland Joffé, Palme d’Or et ‘Le Sacrifice’ d’Andrei Tarkovski, prix Spécial du Jury.
Alain Cavalier, depuis a changé d’optique vis-à-vis du cinéma, à part ‘René’ dernier long métrage de fiction, Alain Cavalier, se tourne vers un cinéma différent, un cinéma, comme il dit, qui n’aurait jamais dû changer, c’est-à-dire montrer, comme les Lumière montraient la sortie de leur usine, il montre le gens, les vrais, il va à leur rencontre, les observe, discute et surtout les filme.
Car dans quelques temps, quand tout le monde aura pris conscience du travail actuel d’Alain Cavalier, tout le monde s’apercevra, qu’il est revenu à une chose essentielle : le CINEMA.
Camille de Casabianca, sa fille suit le même chemin que son père, le vrai cinéma, elle s’éloigne de lui dans la narration, mais son cinéma est ancré, enraciné dans le même terreau, Raymond Depardon, est son photographe de plateau sur son premier film ‘Pékin Central’, donc le fruit n’est pas tombé loin de l’arbre, elle réalise différemment, mais reste fidèle au principe de cinéma pur et vrai, elle a été aussi la scénariste de son père pour ‘Thérèse’, ‘Un étrange voyage’.
Elle a bluffé tout son monde en 2003, quand elle se lance dans un documentaire sur les judokas français et leurs préparations aux championnats du monde. ‘Tatami’ sera un film muet, aucun commentaire, seulement les sons des athlètes, cette nouvelle forme d’expression rapproche Camille de Casabianca, de son père, qui est toujours en recherche de sincérité et du réel. Elle s’ouvre peut-être une nouvelle forme d’expression que le cinéma ordinaire.
Autre ‘enfants de cinéma’ d’Alain Cavalier, c’est Jean-Pierre Limousin.
Celui ci après des débuts assez remarqués, avec plusieurs films, avec une participation à la Semaine de la Critique, se tourne vers un cinéma plus intimiste, là il ne trouve pas son public et se lance dans des portraits de cinéastes, dont Alain Cavalier, qui le marquera, car depuis cette rencontre, Jean-Pierre Limousin verra le cinéma différemment, il l’appréhendera avec plus de recul, ce qui le fera repartir vers la fiction avec le remarquable ‘Tokyo Eyes’, une autre rencontre marquera Jean-Pierre Limousin, celle avec Abbas Kiarostami.
Alain Cavalier, vous l’aurez compris marque dans l’histoire du cinéma, français mais aussi mondial, car Alain Cavalier, est aussi très apprécié hors frontières.
Comme il me le disait lors de son dernier passage à Lyon, je suis plus reconnu ailleurs qu’ici…
Alain Cavalier reste pour ce qu’il a réalisé dans le passé comme l’un des plus important cinéaste français et restera comme celui qui après Lumière réinvente le cinéma, le vrai, avec des vrais gens, des vrais morceaux de vie, des images authentiques.
Interview d’ Alain Cavalier, de passage à Lyon à l’occasion de la sortie d’ Irène
Léo : Alain Cavalier votre cinéma revient au cinéma pur, au cinéma authentique, sauf erreur depuis ‘René’ vous n’avez pas fait de fiction.
Alain Cavalier : Pendant un an je suis allé en Normandie pour filmer René, qui en un an perdu trente kilos, j’ai filmé sa vie. Mais aussi je voudrai rectifier votre question, je ne fais pas de documentaire, je dirai que c’est plus du cinéma d’enquête que du documentaire ou un récit.
Léo : Pour vous c’était un besoin de le faire maintenant ?
A.C : C’est le problème de parler de personnes qui vous ont été très proche, par moment elles vous reviennent, elles sont toujours présentes. Irène, pour moi c’est comme si elle était assise là à côté de moi, elle est là, comme si elle voulait dialoguer avec moi, elle était sortie du royaume des ombres, elle était totalement revenue avec nous, alors j’ai été alerté, et doucement j’ai pris ma caméra qui ne me quitte jamais et j’ai commencé à tourner des petits morceaux de vie avec Irène. Ces petits morceaux se sont transformés en une espèce d’enquête et j’ai remonté le fil du temps…
Léo : Tous ces souvenirs que vous avez profondément en vous, vous ont coûté, car là vous mettez votre cœur à nu, votre moi au grand jour ?
A.C : Je ne dirai pas thérapie, je dirai plutôt une réconciliation avec cette époque à la fois magnifique et aussi chaotique, il y avait des tas de zones d’ombres, que j’ai revisitées. Ce qu’il faut aussi dire, tout bêtement, c’était un film, film de souvenirs, ces carnets, cette époque là, c’est réellement un sujet de film, pour moi c’était très riche.
Léo : Quand vous parlez de cinéma, vous n’avez pas l’impression de revenir à la source du cinéma ?
A.C : Dans Irène il y a un début, un milieu, une fin, bien que je ne connaissait pas la fin, en cela je fait du cinéma, ce que j’aime dans le cinéma c’est le mécanisme du cinéma et de la mémoire, cela me passionne plus que tout.
Léo : Et le filmeur il rentre dans quelle catégorie ?
A.C : Au début de ma carrière j’étais metteur en scène, j’écrivais des scènes, je mettais en scène des comédiens, après je suis devenu cinéaste, j’ai commencé à filmer des gens qui travaillent de leurs mains, des jeunes comédiens qui débutent, des inconnus et puis un jour j’ai découverts la caméra numérique là je suis devenu le filmeur et je suis très heureux d’avoir traversé toutes ces couches là et, d’être aujourd’hui le fruits d’éducations différentes.
Léo : C’est pas cela le vrai cinéma ?
A.C : Oui, c’est ce qui me maintient en forme, il me donne une émotion et cette émotion je peux de suite la filmer.
Léo : L’on revient au vrai cinéma là ?
A.C : Oui, parce qu’il y a quelque chose d’immédiat entre l’émotion et le film, cette émotion est là tout de suite.
Léo : De présenter un film Comme Irène, qui vous est très personnel, se retrouver à Cannes devant des milliers d’yeux ?
A.C : J’ai été stupéfait que ce film se retrouve à Cannes. D’un autre côté je suis émerveillé que ce genre de films se retrouve dans le grand festival du monde.
Léo : Quand vous faites un film tel qu’Irène, l’on ne se rapproche pas de la littérature ?
A.C : Il y a un fort rapport avec la littérature parce qu’avec ce genre de caméra vous pouvez parler à la première personne, c’est l’introduction du ‘Je’ cinématographique, ce genre d’outil permet de proposer au spectateur à la première personne, tout en sachant que c’est le cinéaste qui lui parle dans le creux de l’oreille. Dans un roman vous avez le ‘il’, la troisième personne et vous avez le ‘je’. La caméra numérique et le roman c’est que les deux gardent traces. La célébration de la vie par ce qui est retenu, au moment où cela nous plaisait, le fait reste.
Filmographie d’Alain Cavalier :
2009 : Irène
2005 : Le filmeur
2002 : René
2000 : Vies
1997 : Georges de la Tour (CM)
1996 : La rencontre
1993 : Libera me
1988-1991 : 24 portraits
1986 : Thérèse
1982 : Lettre d’Alain Cavalier (CM TV pour Cinéma Cinémas)
1980 : Un étrange voyage
1979 : Ce répondeur ne prend pas de messages
1978 : Martin et Léa
1976 : Le plein de super
1968 : La chamade
1967 : Mise à sac
1964 : L’insoumis
1962 : Le combat dans l’île
1958 : Un américain (CM)
Sortie le mercredi 28 octobre 2009.
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